Des idées au-dela des frontières

le 12 novembre 2008

Dans le monde interconnecté et interdépendant d’aujourd’hui, il est indispensable d’observer ce qui se passe ailleurs. On apprend toujours par essais et erreurs, et dans une société de plus en plus complexe, s’ouvrir sur l’extérieur permet de multiplier les expériences pour apprendre des erreurs et des succès des autres. C’est valable à tous les niveaux de la science et de la politique, jusqu’à la pratique du deux-roues motorisé en ville, sujet qui nous intéresse ici.

La semaine dernière, deux métropoles ont pris des décisions concernant les motos et scooters qui correspondent à ce que les utilisateurs de 2-roues en général et la FFMC en particulier réclament depuis des années à Paris :

VOIES DE BUS

A Londres, le maire Boris Johnson a décidé, après 18 mois d’expérimentation, d’ouvrir la plupart des voies de bus aux 2RM. Bien sûr, cela ne va pas sans controverse, notamment - sans surprise - de la part d’associations de piétons et de cyclistes, mais les chiffres ont été suffisamment éloquents : amélioration de la fluidité dans une capitale particulièrement embouteillée, réduction significative de l’accidentologie des motos et scooters sans impacter celle des utilisateurs encore plus vulnérables. Rien de cela n’étonnera les franciliens, mais visiblement les élus parisiens ne sont pas encore convaincus, depuis des années ils opposent une fin de non-recevoir sur le sujet, refusant toute étude concrète et réprimant de plus en plus. Pour rappel, de nouvelles caméras sont installées dans les voies de bus à Paris pour verbaliser automatiquement les voitures et motos qui s’y aventureraient.

Pourtant, chaque année à l’occasion des opérations « Motard d’un Jour », on démontre à des élus et responsables techniques à quel point lorsque la circulation est dense, les voies de bus sont bien plus sûres pour tout le monde, à condition bien sûr d’avoir une conduite citoyenne. Les chauffeurs de la RATP eux-mêmes nous confient que les 2RM ne les dérangent pas du tout, alors que la cohabitation avec les vélos est beaucoup plus problématique et dangereuse. Pour ma part, surtout lorsque j’ai une passagère en selle, et malgré la présence policière disproportionnée, je ne prends pas le risque de ne pas les utiliser lorsque les rues sont très bouchées, ou sur les nouveaux axes revus par les extrémistes Verts de Paris pour générer un maximum de bouchons en réduisant les voies et en compartimentant la circulation. Le but avoué est de dissuader les Parisiens de prendre leur voiture, en ignorant royalement que tout le monde ne peut s’en passer (il suffit de venir de banlieue, de se déplacer avec de jeunes enfants, des personnes âgées ou du matériel, d’avoir des difficultés de locomotion.). Quand on en parle aux maires et aux élus, ils n’ont que « Métro » et « Vélo » à la bouche, et refusent de reconnaître les limites de cette politique, qui ne serait pourtant pas inintéressante si elle était appliquée avec un minimum de cohérence et en proposant des alternatives sérieuses.

Le maire de Londres a justifié en partie sa décision d’ouvrir les voies de bus aux 2RM en cas de bouchons par l’exemple de nombreuses villes en Europe qui appliquent avec succès ce partage logique de la rue. La capitale anglaise s’ajoute donc à cette liste de villes éclairées en la matière, est-ce que Paris s’y mettra enfin au lieu de se battre pour nous exclure toujours plus, au prix d’un déni de sécurité et de praticité flagrant ? Un ami de la Fédé dit souvent que l’avenir nous donnera forcément raison sur ce point. OK, mais pas trop tard alors, parce qu’en attendant, c’est autant de 2-roues à terre ou écrasés entre deux voitures à côté d’une voie protégée vide, mais interdite et verbalisée.

STATIONNEMENT ET INCITATIONS

Cette fois la nouvelle vient de plus loin. A Sydney, en proie comme le reste du monde à de plus en plus d’embouteillages et à un prix croissant des carburants, la mairie met en place une politique incitative pour développer l’usage des deux-roues motorisés : réduction des péages routiers (que la FFMC a obtenu en France il y a déjà deux décennies, mais qui est remise en cause), stationnement gratuit en ville, infrastructures adaptées, formations. Ils partent du principe que les 2RM consomment moins de carburant qu’une grosse berline ou un 4x4 (qui représentent le gros du parc en Australie), réduisent la pollution, utilisent moins d’espace sur la route et donc réduisent les bouchons, et se garent bien plus facilement. Une étude dit que 7 personnes sur 10 là-bas pensent que les 2-roues sont amenés à se développer encore plus et soutiennent leur intégration. Cela laisse rêveur dans nos contrées où depuis quelques temps, la mode semble être de tout faire pour décourager la croissance inévitable du parc de motos et scooters. Les 2-roues sont une solution pour les villes, mais Paris les prend vraiment à reculons et refuse d’admettre qu’ils peuvent avoir un rôle positif. Les milliers d’automobilistes qui rejoignent nos rangs chaque année (en tous cas les rangs des conducteurs de 2RM, on attend toujours que ça se répercute dans le nombre des militants !) l’ont bien compris, eux.

ET AILLEURS ?

Campagnes de préventions intelligentes, notamment en Belgique, pour que les automobilistes fassent plus attention aux motos, ouverture des pistes cyclables aux 50cc et doublement des rails de sécurité dans une partie de l’Europe, nulle part on ne parle de bridage de puissance. Ce ne sont pas les bonnes idées et les avancées positives qui manquent. Messieurs les politiques et les décideurs, sortez un peu le nez de vos préjugés, des lobbies pseudo-écolos, de la pensée unique. Renseignez-vous vraiment sur la pratique de ceux que vous prétendez légiférer, écoutez les avis de personnes compétentes (si si, ça existe) et regardez au-delà des frontières. Aucun pays n’est parfait, mais en glanant le meilleur d’un peu partout, on doit pouvoir arriver à quelque chose de pas trop mal, ne pensez-vous pas ?

Frédéric Jeorge

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